• 3 avril 2026

    Panorama des services de santé dans les EHPAD picards : soins, équipes et innovations

Comprendre l’écosystème des EHPAD en Picardie

Les Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) jouent un rôle central dans le parcours de santé du grand âge en Picardie, région historiquement marquée par un maillage dense d’établissements médico-sociaux. En 2023, plus de 130 EHPAD publics, privés ou associatifs sont recensés sur les trois départements (Aisne, Oise et Somme), proposant environ 11 000 places (source : FINESS, Data.gouv.fr).

L’évolution démographique, avec 22 % des Picards âgés de 65 ans et plus (contre 20,8 % en France – INSEE, 2020), accentue les enjeux d’accessibilité, de qualité des soins et de coordination entre acteurs médicaux et paramédicaux. Mais quels services concrets sont proposés à cette population, et en quoi l’offre picarde se distingue-t-elle ?

Les principales missions médicales au sein des EHPAD

  • Accès aux soins courants : Les EHPAD assurent l’accès à la médecine générale pour le suivi des pathologies chroniques et des épisodes aigus. Si certains établissements ont un médecin coordonnateur salarié, la majorité (environ 80 % en Picardie, selon l’ARS) fait intervenir un pool de médecins libéraux du territoire.
  • Prévention et surveillance : Le dépistage des chutes, la surveillance de la dénutrition, la prévention des escarres et la vaccination sont des priorités, souvent encadrées par les équipes soignantes internes.
  • Gestion de la fin de vie : De nombreux EHPAD travaillent en lien avec les équipes mobiles de soins palliatifs (notamment celles du CHU d’Amiens ou du CH Beauvais) pour accompagner la fin de vie dans la dignité (circulaire DGCS/SD3A/2015/13).

Le rôle central du médecin coordonnateur

La présence d’un médecin coordonnateur est une spécificité réglementaire des EHPAD. Ce praticien, salarié à temps partiel ou complet selon la taille de l’établissement, assure la coordination médicale, l’élaboration du projet de soins et la formation continue des équipes.

  • Élaboration des protocoles de soins
  • Veille à la qualité des prescriptions
  • Liaison avec les professionnels libéraux (médecins traitants et spécialistes)
  • Gestion des vigilances sanitaires (pharmacovigilance, matériovigilance)

En Picardie, près de 90 % des EHPAD bénéficient d’un médecin coordonnateur au moins à temps partiel (source : ARS Hauts-de-France, état des lieux 2021).

Les soins infirmiers : une présence indispensable jour et nuit

Les équipes infirmières sont le pilier de la prise en charge médicale au quotidien. Elles assurent la dispensation des traitements, les soins techniques (pansements, injections, surveillance des constantes) et la coordination des parcours de soins.

Type de personnel Présence moyenne en EHPAD (Picardie) Commentaires
Infirmiers diplômés d’État (IDE) 1 IDE pour 30 à 40 résidents en journée Vigilance accrue sur les sites ruraux (rapport IGAS 2019)
Infirmiers de nuit < 40 % des EHPAD (2022) Le plus souvent en mutualisation ou astreinte
Aides-soignants 1 pour 8 à 10 résidents en journée Clé de voûte de l’accompagnement quotidien

Les EHPAD isolés, particulièrement dans l’Aisne rurale, rencontrent davantage de difficultés de recrutement, provoquant un recours accru à l’intérim ou à la mutualisation inter-établissements (étude Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie – CNSA, 2023).

Les services paramédicaux : une offre en évolution

Au-delà du soin médical, l’accompagnement des résidents repose largement sur des interventions paramédicales de proximité, modulées selon les besoins et les capacités de chaque établissement.

Kinésithérapeutes et ergothérapeutes

  • Kinésithérapie :
    • Intervention en prévention des chutes, rééducation post-traumatique, entretien de la mobilité.
    • Environ 85 % des EHPAD picards proposent l’accès à des séances de kinésithérapie, souvent via des professionnels libéraux ou en conventionnement (source : URPS Masseurs-Kinésithérapeutes Hauts-de-France).
  • Ergothérapie :
    • Évaluation des capacités fonctionnelles, adaptation de l’environnement, conseil en aides techniques.
    • L’ergothérapie se développe dans les EHPAD dotés d’unités Alzheimer ou d’espaces spécialisés (Rapport CNSA 2022).

Psychologues et soutien psychologique

La prise en charge psychologique fait partie du socle minimal attendu en EHPAD, même si la fréquence des interventions varie. Près de 60 % des établissements picards disposent d’un psychologue à temps partiel, chargé d’un accompagnement individuel et collectif, d’un soutien auprès des familles, et du personnel lors d’évènements critiques (comme les cas groupés de COVID-19 en 2020-2021).

  • Groupes de parole pour les résidents présentant des troubles cognitifs
  • Entretiens de soutien en cas de deuil ou de perte d’autonomie soudaine

Autres spécialisés paramédicaux

  • Diététicien·ne (dans 35 % des sites, surtout associatif ou hospitalier) : Évaluation de l’état nutritionnel, planification de régimes adaptés à la déglutition ou au diabète.
  • Orthophonistes : Interventions ciblées (post-AVC, pathologies neurodégénératives), surtout dans les EHPAD disposant d'unités de vie protégées.
  • Pédicures-podologues : Suivi de la santé du pied, prévention des escarres et du risque de chute chez le sujet diabétique.

Des services spécialisés pour populations fragiles

  • Unité Alzheimer ou Pôle d’Activité de Soins Adaptés (PASA) : Environ 25 % des EHPAD de Picardie disposent d’unités dédiées aux troubles cognitifs sévères (source : ARS 2023), avec programmes d’activités thérapeutiques, ergothérapie et coordination spécifique avec les neurologues du territoire.
  • Accueil temporaire ou de jour : Près de 50 EHPAD en Picardie proposent de l’accueil temporaire ou de l’hébergement de jour, une réponse croissante à l’épuisement des aidants et aux besoins de répit.
  • Sensibilisation au handicap sensoriel : Des collaborations avec la Fédération des Aveugles de France ou France Alzheimer Picardie permettent des formations in situ et la mise à disposition de matériels adaptés (boucles magnétiques, signalétique tactile).

La coordination avec le secteur hospitalier et la médecine de ville

L’interaction entre EHPAD, hôpitaux et médecins de ville est renforcée depuis le Ségur de la Santé et la crise COVID-19. Pour la Picardie, ceci se traduit :

  • Par la multiplication des conventions avec les services hospitaliers pour la gestion des urgences gériatriques, les consultations avancées de spécialités (ex. dermatologue du CHU Amiens intervenant en EHPAD de la Somme, selon "Santé Publique France, 2022").
  • Par le développement de la télémédecine : en 2023, 39 EHPAD picards sont équipés d’outils de télémédecine (téléconsultations, télé-expertises) permettant des diagnostics rapides à distance, notamment pour les plaies, la dermatologie et la psychiatrie (Source : Observatoire Régional de la Santé - ORS HdF).
  • Par la mise en place de réseaux gérontologiques locaux (ex : Réseau Gérontologique de l’Oise) pour fluidifier la coordination, partager des bonnes pratiques et décloisonner ville/hôpital/EHPAD.

Facteurs d’évolution et défis spécifiques en Picardie

Trois enjeux traversent aujourd’hui les EHPAD picards et déterminent l’évolution des services proposés :

  1. L’attractivité des professions soignantes : Les tensions de recrutement sont plus marquées dans la ruralité, avec des taux de vacance IDE ou aides-soignants dépassant 10 % dans certains territoires (source : ORS HdF, 2023).
  2. L’augmentation des besoins en gérontologie spécialisée : Le vieillissement de la population entraine une augmentation des comorbidités, nécessitant la montée en compétence des équipes et le recours plus fréquent aux actes techniques spécialisés.
  3. L’innovation organisationnelle : Mutualisations, décloisonnement, développement de dispositifs mobiles d’appui (équipes mobiles de gériatrie, interventions d’hôpitaux de proximité) sont expérimentés dans les trois départements.

Perspectives et évolutions attendues

La région Picardie accélère la transformation de ses EHPAD, sous l’impulsion des politiques nationales (projet de loi "Bien vieillir", Pacte Grand Âge) et des attentes locales. Les enjeux portent sur l’intégration de nouveaux métiers (infirmier en pratique avancée, assistants de soins en gérontologie), l’arrivée massive du numérique (dossier médical partagé, télé-suivi), et une approche personnalisée du parcours résident.

Enfin, les expériences pilotes de consultations avancées, l’apport de la télémédecine et le financement de projets d’unités spécialisées (troubles du comportement, soins palliatifs) illustrent une dynamique régionale forte en faveur d’une prise en charge globale et adaptée, au plus près des besoins concrets de chaque résident.

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