• 25 mars 2026

    Parcours des personnes âgées en Picardie : le rôle clé des EHPAD dans l’accompagnement et l’organisation territoriale

Les EHPAD en Picardie : chiffres, histoire et cadre réglementaire

Les Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) incarnent un pilier du parcours de santé et d’accompagnement du grand âge en Picardie. Au 1er janvier 2023, la région compte 204 EHPAD pour environ 15 490 places, selon l’Agence Régionale de Santé (ARS) Hauts-de-France. Ces structures, réparties entre établissements publics, associatifs et privés, s’inscrivent dans une histoire ancienne d’accompagnement institutionnel, depuis les hospices du XIXe siècle jusqu’aux établissements médicalisés actuels, cadrés par la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale, puis par la loi ASV (Adaptation de la société au vieillissement) de 2015.

  • 65 % des places en Picardie relèvent du secteur public hospitalier ou territorial (hors établissements privés lucratifs), soit l’une des proportions les plus élevées de France (source : DREES, 2022).
  • Plus de 80 % des résidents arrivent à l’EHPAD en raison de troubles cognitifs, de difficultés à accomplir les gestes du quotidien (GIR 1-2-3 majoritaires) ou de situations d’isolement social.
  • La durée moyenne de séjour en EHPAD en Picardie est de 30,5 mois en 2021, stable par rapport à la moyenne nationale (DREES, 2023).

Des missions multiples au cœur du parcours des personnes âgées

Les EHPAD de Picardie assument plusieurs missions :

  1. Hébergement : proposer un cadre de vie sécurisé et adapté, avec une chambre individuelle ou partagée, services collectifs, restauration, blanchisserie.
  2. Accompagnement médical et paramédical : coordination de soins 24h/24, avec médecin coordonnateur, infirmières, aides-soignants, psychologues, ergothérapeutes.
  3. Animation sociale et soutien psychologique : maintien du lien social, organisation d’activités, soutien aux familles.
  4. Prévention de la perte d’autonomie : rééducation, ateliers mémoire, stimulation cognitive, adaptation des espaces.

En Picardie, une attention forte est portée à l’accompagnement de la fin de vie : plus de 22 % des décès des personnes âgées y surviennent en EHPAD (INSEE, 2022), révélant le rôle d’ultime lieu de parcours que représentent souvent ces établissements.

Organisation territoriale et intégration dans les réseaux de soins

L’organisation des EHPAD picards s’inscrit dans une logique territoriale structurée par les Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) et les Contrats Locaux de Santé (CLS). Cela favorise l’intégration des EHPAD dans des parcours de soins plus fluides, articulés avec :

  • Les services d’aide à domicile (SAAD, SSIAD)
  • Les unités de soins de suite et de réadaptation (SSR)
  • Les dispositifs MAIA (Méthode d’Action pour l’Intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’Autonomie)
  • Les équipes mobiles gériatriques hospitalières
  • Les professionnels de santé de ville (médecins traitants, infirmiers libéraux, pharmacies)

Cette coordination vise à éviter les ruptures de parcours, notamment lors de l’entrée ou de la sortie d’EHPAD, grâce à des outils tels que le Dossier Médical Partagé (DMP), le plan personnalisé d’accompagnement, ainsi que des réunions de concertation pluriprofessionnelle (source : ARS Hauts-de-France).

Exemple de parcours type en Picardie :

Étape Acteurs impliqués Points de vigilance
Repérage de la perte d’autonomie Médecin traitant, famille, CLIC, assistante sociale Évaluation, information sur le maintien à domicile
Demande d’admission EHPAD, plateforme d’admission régionale Viatrajectoire Délais d’attente, adaptation de l’offre
Entrée en EHPAD Équipe médico-sociale de l’EHPAD, famille Ruptures de soins, accueil personnalisé
Suivi et accompagnement Médecin coordonnateur, équipe soignante, partenaires extérieurs Adaptation du projet de vie, réseau gériatrique
Sortie / décès Équipe, famille, intervenants extérieurs Accompagnement de la fin de vie, relais vers le domicile ou l’hôpital

Quels professionnels et quelles pratiques dans les EHPAD picards ?

La pénurie de professionnels soignants en Picardie touche aussi les EHPAD : le taux d’occupation des postes d’aides-soignants n’était que de 82 % en 2022 (source : Conseil régional Hauts-de-France). Pour autant, la région développe des pratiques innovantes :

  • Médecin coordonnateur : rôle central, gestion des risques sanitaires, lien avec les médecins traitants (moins d’1 EHPAD sur 2 bénéfice d’un temps plein équivalent du médecin coordonnateur).
  • Infirmière référente : souvent présente sur des horaires étendus, elle pilote le suivi quotidien et la coordination avec les familles et partenaires extérieurs.
  • Psychologue et psychomotricien : leur présence s’est accrue, souvent mutualisée plusieurs établissements, pour prévenir troubles du comportement ou de l’humeur.
  • Accueil de stagiaires et d’apprentis : la région Picardie promeut l’accueil de jeunes en formation (près de 400 stagiaires chaque année, selon l’ARS), pour favoriser le renouvellement des équipes et répondre à la tension des recrutements.

Au-delà du soin, l’accompagnement quotidien est modelé par une prise en compte croissante de la parole des résidents et familles (conseils de vie sociale, projets personnalisés, groupes d’expression).

EHPAD et alternatives en Picardie : quelles évolutions du modèle ?

Picardie n’échappe pas à la remise en question nationale du modèle “tout EHPAD”. Les alternatives et les innovations prennent corps :

  • Pôles d’Activités et de Soins Adaptés (PASA) et unités Alzheimer spécifiques en EHPAD : orientation renforcée vers les troubles cognitifs lourds, qui représentent 60 % des admissions (source : ARS 2023).
  • Habitat intermédiaire : développement de Résidences Autonomie (55 structures recensées en Picardie, chiffres CARSAT) pour un public moins dépendant.
  • Accueil de jour et séjours temporaires : environ 780 places dédiées pour soulager l’aidant familial ou préparer une entrée définitive.
  • Expérimentations domicile/EHPAD : soutien à domicile par des équipes mobiles issues des EHPAD, interventions ponctuelles pour éviter l’hospitalisation ou différer l’entrée en institution (projet “EHPAD à domicile" financé par la CNSA).

Le recours aux EHPAD reste marqué par de forts contrastes territoriaux : le taux d’équipement varie du simple au double en fonction des territoires (de 85 à 165 places pour 1 000 personnes âgées de 75 ans et plus, source ARS), avec une tension accrue dans les zones rurales de la Somme ou du sud de l’Oise. Les admissions d’urgence restent fréquentes suite à des hospitalisations non anticipées, soulignant la difficulté d’anticiper le parcours du vieillissement.

Financement, gouvernance et défis à venir

Le budget moyen d’un EHPAD picard provient à 75 % de fonds publics (prestations d’aide sociale, forfait dépendance, crédits ARS), le reste relevant du tarif hébergement à la charge des résidents ou familles. En 2023, le tarif hébergement moyen en Picardie s’établit à 62 euros par jour (source : CNSA, 2022).

Les principaux défis identifiés dans la région concernent :

  • Le vieillissement accéléré de la population : +20 % de personnes âgées de plus de 85 ans attendues en 2030.
  • L’attractivité des métiers​ : les postes vacants fragilisent l’offre, malgré la hausse du nombre de formations.
  • La transition numérique : déploiement encore partiel du DMP, gestion informatisée des soins, télémédecine naissante en gérontologie (mutualisation avec les filières hospitalières).
  • La rénovation du patrimoine immobilier : 35 % des EHPAD picards ont été construits avant 1985 et nécessitent des travaux de modernisation (source : Observatoire régional de la santé).

Perspectives : vers une personnalisation accrue et une meilleure articulation des parcours

Les prochaines années seront déterminantes pour redéfinir la place des EHPAD dans le réseau de soins picard. L’accent mis sur une personnalisation accrue – adaptation des espaces, implication des familles, projet de vie individualisé – et une articulation renforcée avec les dispositifs de soins (hôpital, domicile, réseaux associatifs) doivent permettre d’ajuster l’offre aux attentes et besoins d’une population vieillissante, tout en favorisant la prévention, le soutien à l’autonomie et la solidarité territoriale.

Le défi est de taille : conjuguer impératifs de qualité, contrainte budgétaire et réponse à des attentes humaines multiples, dans un contexte démographique en mutation rapide. Mais Picardie dispose d’atouts pour expérimenter de nouveaux modes d’organisation, connectés à la réalité de ses aînés et des territoires.

  • Sources principales : ARS Hauts-de-France, CNSA, DREES, INSEE, Observatoire régional de la santé, CARSAT.

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